Top 10 des pires déclarations de Manuel Valls

Depuis le retour aux affaires du PS et sa prise de fonction comme ministre de l’Intérieur, puis comme Premier ministre, Manuel Valls fait feu de tous bois. En cela, il perpétue la stratégie de communication ultra-agressive de Nicolas Sarkozy mise en place à compter de 2002, et qui consiste à occuper en permanence le devant de la scène en saturant l’espace médiatique.

Valls y a toutefois ajouté des interventions incessantes sur des questions a priori assez éloignées de ses fonctions (affaire Kamel Daoud, polémiques avec M. Houllebecq, M. Onfray, etc.) et par un goût prononcé pour les tribunes personnelles (que ce soit dans la presse ou sur les réseaux sociaux).

Sa dernière sortie en date dans le Huffington Post en réponse à une tribune du New York Times (chose étonnante pour un Premier ministre) est pour nous l’occasion de revenir sur ses pires déclarations depuis 2012. Un classement forcément incomplet tant Manuel Valls fait feu de tous bois.

« Les Roms ont vocation à rester dans leur pays et à s’y intégrer là-bas. »

RMC, 25 septembre 2013 – Ces propos, Manuel Valls les a tenus quelques jours seulement après avoir créé un scandale (relatif) en déclarant sur les ondes de France Inter que « Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie. » Au micro de Jean-Jacques Bourdin, il récidive en déclarant au préalable qu’ « il ne faut ni discriminer, ni se voiler la face, ni faire preuve d’angélisme ». On comprend assez vite l’option qu’il a choisie.

« L’antisionisme, c’est la porte ouverte à l’antisémitisme. »

Meeting contre l’antisémitisme sur l’esplanade du Trocadéro à Paris, 19 mars 2014 – C’est ce que martèle Manuel Valls depuis sa prise de fonction Place Beauvau, puis à Matignon. Il n’a eu de cesse d’opposer un vieil antisémitisme, « rance », celui de l’extrême-droite, et le nouvel antisémitisme des « quartiers ». C’est comme cela qu’il est parti en croisade dès l’automne 2013 contre le couple Soral-Dieudonné, avec le dénouement épique que l’on sait : une convocation expresse du Conseil d’Etat pour interdire le spectacle de Dieudonné.

Quelques mois plus tard, ce même discours a servi de justification aux interdictions de manifester de l’été 2014 où l’exécutif français s’est particulièrement distingué en faisant de la France le seul pays parmi les « démocraties occidentales » à interdire les manifestations en soutien à la population de Gaza :

« Ce qui s’est passé hier encore à Paris, des débordements inacceptables, justifie d’autant plus le choix qui a été fait avec courage par le ministre de l’intérieur d’interdire une manifestation. La France ne laissera pas les esprits provocateurs alimenter je ne sais quel conflit entre les communautés. »
Discours de Manuel Valls du 20 juillet 2014

« Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser. »

Discours de Manuel Valls prononcé au Sénat le 09 janvier 2016 – En multipliant les déclarations contre celles et ceux « qui cherchent en permanence des excuses ou des explications culturelles ou sociologiques à ce qui s’est passé », M. Valls entend limiter au maximum les débats sur l’opportunité d’une réponse exclusivement policière et militaire aux attentats perpétrés en France. Une charge contre les sciences sociales et un anti-intellectualisme affligeants, qu’a su très bien disséquer Usul dans l’une de ses dernières vidéos.

« Pour combattre l’islamo-fascisme, puisque c’est ainsi qu’il faut le nommer, l’unité doit être notre force. »

RTL, 16 février 2015 – Ce terme de la droite dite « conservatrice » (euphémisme utilisé pour parler de racisme débridé) fait aussi florès « à gauche » et avait été utilisé par exemple par Noël Mamère (Comment lutter contre l’islamofascisme). Né dans les think-tank néoconservateurs US, l’expression avait semble-t-il été popularisée par la journaliste italienne Orianna Fallacci. Voilà Manuel Valls en bonne compagnie.

« Je pense que les conditions aujourd’hui ne sont pas réunies pour que Karim Benzema vienne dans l’équipe de France. Il est toujours mis en examen. En même temps, c’est la décision de la Fédération française de football et du sélectionneur. »

RMC, 15 mars 2016 – Que vient faire Manuel Valls dans cette affaire, si ce n’est pour surfer sur la campagne raciste menée contre un joueur franco-algérien à qui il est reproché son manque de patriotisme ? Sur cette affaire et la question du racisme dans le football, voir l’article publié le 30 mai sur notre site.

« Il y a l’antisémitisme et il y a l’antisionisme, c’est-à-dire tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël. »

Diner du CRIF, Paris 07 mars 2016 – Jusque-là, Manuel Valls répétait que l’antisionisme est la porte ouverte à l’antisémitisme. Là, il pose carrément l’égalité entre les deux termes. Des propos totalement absurdes que l’on pourrait manquer s’ils ne servaient pas à réprimer le mouvement de solidarité avec la Palestine et la Campagne BDS. Là aussi, la France se distingue par la multiplication des procès contre des militant-e-s qui organisent des actions de boycott contre Israël, ce pays auquel Manuel Valls déclarait avant son retour aux affaires être de par sa femme « éternellement lié ». Une belle profession de foi coloniale. Quand même !

« Le voile n’est pas un phénomène de mode, c’est un asservissement de la femme.»

« Le Sursaut 2016 », intervention de clôture du Premier ministre au théâtre Déjazet (Paris), le 4 avril 2016 – Ce classement aurait pu ne contenir que des déclarations sur le hijab, tant M. Valls a multiplié les sorties islamophobes. Là aussi, pour dérisoires qu’elles sont, ces paroles emportent des conséquences concrètes. Car médias et politiques ont une responsabilité directe dans toutes les agressions – parfois physiques – contre les musulmans et particulièrement les musulmanes. Surtout, cette obsession du hijab des musulmanes nourrit le processus d’extension continue du principe d’interdiction posé par la loi du 15 mars 2004, et dont nous avons eu l’exemple édifiant cet été avec les affaires dites du « burkini », comme le reconnait lui-même le Premier ministre :

« Cependant, cette ordonnance du Conseil d’Etat n’épuise pas le débat qui s’est ouvert dans notre société sur la question du burkini. Ce débat n’est pas anodin. C’est un débat de fond, qui vient après d’autres : il y a trente ans, la question du foulard dans les écoles, puis la loi de 2004 sur le port de signes religieux, et celle de 2010 sur le voile intégral dans l’espace public. » Assumons le débat sur le burkini, tribune de M. Valls publiée le 28 aout 2016 sur son compte Facebook.

« C’est parce que notre pays a été l’inventeur de la laïcité que la France est la cible de l’Etat islamique. »

Tribune de M. Valls dans le Journal du dimanche, 31 juillet 2016 – Cette rengaine est à la fois fausse (la France a commencé ses bombardements en Irak/Syrie avant que des attentats ne soient perpétrés sur son sol), dépolitisante et narcissique. Mais elle est intéressante si on la compare au discours dominant sur les crimes policiers.

En effet, quand un Noir ou un Arabe est tué par la police, les tenants du statu quo racial vous expliquent que la personne tuée l’a été non à cause de ce qu’elle est (racisée, habitante de quartier, etc.), mais à cause de ce qu’elle a fait (une activité décrite comme « délinquante »). Après chaque crime policier, procureur, syndicats de police, cabinets du préfet, et médias salissent systématiquement la victime et exhument son passé pour dédouaner les meurtriers et prouver que le défunt l’a d’une certaine manière bien cherché. C’est le fameux « il n’y a pas de fumée sans feu ».

Par contre, quand la France est la cible d’attentats perpétrés par des personnes en lien avec une organisation politique (on peut la qualifier de « terroriste » mais elle reste néanmoins politique), là les idéologues du statu quo néo-colonial, impérial, vous expliquent que la France n’est pas attaquée pour ce qu’elle fait (soutien à des dictatures, interventions militaires et meurtres massifs de civils), mais bien pour ce qu’elle est. Le fameux « il n’y a pas de fumée sans feu » laisse place à un « nous sommes face à un feu sans fumée ». L’idéologie, disait le vieux père Marx, c’est l’image inversée du réel. Avec cette déclaration de Manuel Valls, nous sommes en plein dedans.

« Marianne, le symbole de la République. Elle a le sein nu, parce qu’elle nourrit le peuple. Elle n’est pas voilée, parce qu’elle est libre. C’est ça la République. »

Meeting à Colomiers (Haute Garonne), 29 aout 2016 – Mathilde Larrere a su démonter avec brio un propos qui témoigne d’une rare ignorance (Thread à dérouler).

« En France, les femmes sont libres »

Titre d’une tribune de Manuel Valls parue le dans le Huffington Post – Que ce soit la démarche qui consiste pour un Premier ministre à répondre à un article d’un quotidien états-unien, le titre de la tribune, ou son contenu, tout est réellement pathétique dans cette histoire. A tel point qu’il est difficile de choisir des passages à mettre en exergue. Le mieux reste de la lire (pour celles et ceux qui en ont le courage).